Amélie Pironneau

J’ai mis la beauté sur mes genoux

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Merci à Thomas Brétinien dont nous reproduisons le texte inspiré avec son accord.

J’ai mis la beauté sur mes genoux.

Les 7mn de Kiki Picasso invité Dom Garcia, le Cabaret Electrique, 2017

“Le beau n’est rien que le commencement du terrible que nous supportons encore, et si nous l’admirons c’est qu’il dédaigne indifférent de nous détruire. Tout ange est terrifiant  » Rilke (Elégies de Duino)

“Je me taperais bien cette actrice, non que par là j’assouvisse une homosexualité sous-jacente, mais ici et maintenant, la beauté du corps revient à la femme, et j’ai le désir de me faire la Beauté. Vous autres les hommes au temps de Socrate c’est vers les éphèbes que se tournaient vos envies de pénétrer la beauté !” Paroles d’une fille à son père.

C’est peut-être d’abord une histoire de corps, de donner corps, par la voix.

Voyelles ou les voir elles, toutes a_ la fois, performance de Laetitia Laguzet, exposition Vincent Corpet, 24Beaubourg, janvier 2017

De sa pratique de la danse classique, la discipline, les pointes, de son plaisir de la lecture à haute voix, au timbre si particulier, à l’élocution contrainte et puis il y a cette mémoire des textes, des textes des autres. Les autres, artistes. Les artistes comme le corps de l’autre, qui prend forme dans ses textes critiques acéré, pas un mot de trop, la restitution certes, la transmission toujours, elle est docteur en histoire de l’art.

L’art c’est ce que font les artistes, l’art c’est cette forme que crée le corps des artistes. Est-il est possible d’envisager alors que le corps des artistes c’est celui qui prend forme, qui fait art. Comment cet être pensant, traçant, par l’écriture, restituant, transmettant peut-il prendre corps si ce n’est en devenant artiste, par chrysalide ? Ainsi soit-il !

Si l’on avait demandé à un occidental de 1907, qu’est-ce que la beauté ? La Vénus de Milo à n’en pas douter. En 1950, il aurait bégayé, entre sculpture africaine et art classique son cœur balançait. A nous, que la beauté est une affaire de consensus, de politique. Les goûts et les couleurs ne sont que le plus grand dénominateur commun à une époque donnée ! Que notre quant à soi n’existe pas.

Les houelbecquiens, avec Jean-Marc Froissart, Les lundis de la performance, rue francaise, janvier 2017

En tant qu’historienne de l’art elle connaît tout, ses classiques, ses modernes, elle baigne dans la contemporanéité. Elle sait que depuis un siècle, Le Beau a déserté les ateliers, et que toutes les tentatives de l’y réinstaller ce sont avérées réactionnaires. Elle sait que abandonnée par l’art, la Beauté est tombée dans des mains mercantiles et que c’est sur le corps, le corps des femmes qu’elle se vautre, imposant ses diktats. Elle sait qu’elle le possède ce corps, naturellement… hasard heureux de la génétique ! Elle sait depuis toujours que par son adéquation avec le Beau, ce corps la cache, elle peut le dévoiler, il est terrible. Elle sait que l’on ne met plus la beauté à genoux.

Ce n’est certainement pas à Amélie Pironneau que l’on rappellera l’année 1969, Harald Szeemann, «Quand les attitudes deviennent formes» à la Kunsthalle de Berne. Le corps prêté pour qu’il prenne forme. Une attitude pour que ses formes deviennent art. C’est par le biais du corps qu’elle interroge l’art dans son lien avec le Beau.

Bien entendu, l’interrogation portée sur la beauté de et par ce corps féminin ne peut se faire qu’en le confrontant à son pendant, son bandant, mais aussi à la nature. A ce titre la performance « Rose sanlavie », tend à nous indiquer que le corps féminin est aussi capable de destruction sur son concurrent en beauté que sont les fleurs.

Venus Malus, la galerie du chacha, mars 2016

Il est amusant de se rappeler qu’aux temps où le beau était dans le corps masculin, les parties génitales masculines étaient réduites à l’anecdote. C’est par la petitesse juvénile de son sexe, que le corps masculin devint beau. Le corps dans sa beauté n’émane pas de la nature, du genre, de sa sexualité, sa bestialité. C’est par cet angle qu’elle proposa la performance du spectacle de Jan Fabre, sur une brochette d’hommes habillé de toges, se trémoussant, agitant leurs queues dans une mimique fornicatrice, et épuisante, elle retint pour sa performance « Vénus Malus » que cette toge posée sur un corps de femme, la transforme en vénus de Milo, et que les coups de bassin pour agiter un ressort jouet, en remplaçant la bestialité par le ludique nous ramène à la possibilité du beau dans le corps masculin, une fois débarrassé de son organe.

La Renaissance des Mains Louches, les bains, février 2017

Seuls les plus primates d’entre nous verront dans cette beauté affublée d’un sex-toy une confirmation de la recherche du pénis chère à Sigmund Freud. Soyons sûr que le “continent noir” est en train de poser de vraies questions et d’y apporter des réponses qui sont satisfaisantes pour tous.

Dans l’histoire de la performance le travail d’Amélie Pironneau ouvre des perspectives réjouissantes.

 Texte de Thomas Brétinien

Photos de Dom Garcia (cliquez dessus pour les agrandir)

 

Rencontrez l’artiste ! Marathon de mars 2017 d’Amélie Pironneau :

-jeudi 9, 21h au chacha avec Gwenael Billaud, Deed Julius, Laetitia Laguzet et….Bill Viola:
https://www.facebook.com/events/713779115471100/
-samedi, 11, 19h, galerie Frédéric Moisan, 72 Rue Mazarine pour une lecture-performance d’Errance Cristalline de Napoli Davide et Bonnie Tchien (Edition transignum)
-jeudi 16, 21h, La Féline, 6 Rue Victor Letalle, 75020, soirée Dom Garcia avec Isa Kaos, Amaury Grisel and more..
Welcome!

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