Peut-on encore critiquer l’art contemporain ?

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Il est un fait évident : de plus en plus d’oeuvres d’art sont créées et le nombre d’artistes ne cessent de croitre.  Cela est indépendant de la conjoncture économique. Si les artistes, les galeries et l’ensemble des institutions culturelles connaissent bien les aléas économiques liés à l’activité artistique, la production d’oeuvres n’est pourtant pas en danger.

Lascaux

Même non médiatisé, même sans en faire son métier, un être humain créra bien si cela lui chante. Le processus de création est inhérent à l’être humain : nous sommes dotés biologiquement de tous les outils pour nous reproduire, nous sommes intrinséquement des créations et des créateurs. Si l’on parle à présent de création dans le sens « artistique »  nous savons que depuis des temps immémoriaux l’être humain crée : voir les peintures dans les grottes. Certains vont même jusqu’à dire qu’on n’a pas fait mieux depuis.

Les créations anciennes sont régulièrement redécouvertes : par exemple Pompéi a révélé des traditions picturales inconnues et nul doute qu’il reste à découvrir beaucoup lorsque les parties du site seront totalement excavées. Pourquoi parlons-nous de créations « anciennes » dans un article qui s’interroge sur la possibilité, de nos jours, de critiquer des oeuvres contemporaines ? Parce que nous voulons souligner qu’à un moment ou à un autre l’oeuvre a été contemporaine et que la notion de contemporain est très difficile à appréhender, que le concept de « contemporain » se périme vite.

On peut  se demander si connaitre l’histoire de l’art est la condition sine qua non pour rédiger une critique en art contemporain ? Faut-il toujours toujours tout inscrire dans une filiation , par exemple ? Certes les oeuvres ne naissent pas de rien mais pourquoi toujours les classer dans une sorte de frise chronologique si ce n’est justement que parce que le concept de « contemporain » est difficile à définir ?

Combien de fois n’a-t-on pas lu dans tel ou tel article que tel ou tel artiste « comptemporain » faisaient référence soit à tel ou tel artiste ou à tel ou tel mouvement précédent ? Pourtant l’art contemporain n’est-il pas rupture avec ce qui a été fait précédemment, innovation, expérimentation, en perpétuel questionnement ? Est-ce seulement possible d’ailleurs ? Comment déterminer qu’une oeuvre posssède ou non tels critères ? Qui décide et pourquoi ? Et à partir de quel angle d’approche se fondera l’analyse pour déterminer que l’oeuvre est bien « contemporaine »…Faut-il qu’elle soit radicale, par exemple ?

Le terme « contemporain » que signifie-t-il ? Faut-il le comprendre comme un adjectif qui signifierait « actuel »? Faut-il le dater à partir de telle date, de tel mouvement, de tel artiste, de tel événement ? Est-ce que ce terme signifie seulement quelque chose pour le grand public, voire que signifie-t-il vraiment pour les artistes qui s’en revendiquent? Définir le terme « art contemporain » n’est pas une sinécure. Certains rieurs vous diront que comme Monsieur Jourdain et sa prose, ils font de l’art contemporain sans le savoir. Bien évidemment nous sommes ici faussement naïfs, « contemporain » correspond bien à quelque chose, la difficulté c’est que ce terme ne veut pas dire la même chose pour tout le monde et pour l’ensemble des gens qui écrivent sur l’art.

A présent posons-nous la question : si l’art a toujours existé, qu’en est-il de la critique ?

Emile Zola par Manet

Il serait prétentieux et sans doute inexact de postuler que nos ancêtres n’avaient pas eux aussi un avis sur les oeuvres d’art qui les entourait. La critique a cependant prit son essor au 19e siècle sous des plumes littéraires comme celles de Zola ou de Baudelaire et bien sûr journalistiques. Traduire avec des mots ce que l’on voit et émettre un avis dessus…Quel beau métier !

Très vite les écrivains ont fait des compte-rendus pour soutenir ou faire réfléchir sur les oeuvres d’artistes qui étaient parfois leurs amis (mais où se situait la distance critique quand on était l’ami d’enfance de Cézanne et le camarade de bistrot de Manet ?). Certains journalistes de l’époque ont parfois « descendus »tel ou tel artiste pour des raisons complétement subjectives. Plus d’un a décrêté que les tableaux des Impressionnistes étaient hideux. Nous citons ici des exemples faciles et connus de tous car nous ne visons pas à un cours d’histoire de l’art mais à mener une réflexion.

La critique se basait (et se base encore) sur des notions esthétiques, parfois morales, certainement les enjeux commerciaux étaient moins importants que maintenant. Il faut souligner aussi qu’il y avait moins d’artistes que de nos jours. Concernant les premiers critiques, peut-on jeter la pierre à ceux qui vilipendaient Courbet et encensaient Gérôme ? Aujourd’hui Courbet et Gêrome sont tous les deux dans des musées. Gérôme qualifié de « pompier » , comprenez ringard, a été redécouvert récemment comme précurseur pour la précision quasi-cinématrographique de ses peintures. De « has been », il est passé avant-gardiste et a même eu droit à une grande rétrospective au musée d’Orsay en 2010. La roue tourne.

Gérôe, Le duel de pierrot

Son cas nous interpelle car il est difficile d’identifier et d’analyser les avant-gardes au bon moment. Les avant-gardes constituent-elle le « contemporain » ? Ou est-ce qu’elles sont juste des composantes du contemporain ? Saisir ce qu’est et définir l’art contemporain n’est-il pas un projet chimérique ? Nous vivons la contemporaineté alors comment avoir un œil critique et distancié ? Comment déterminer que quelque chose relève de l’art contemporain ou n’en relève pas ?

A noter que le terme « critique »ne signifie par nécessairement « attaque » mais aussi analyse, mise en perspective, questionnement et tout un tas d’opérations intellectuelles qui varient selon divers paramètres comme :  le rédacteur de la critique, le lieu et le support de publication de la critique, l’époque, l’artiste, son actualité (est-ce suite à une exposition en cours, l’artiste est-il vivant ? Fait-il partie des collections publiques? etc.) l’objet d’art critiqué ( est-ce un tableau, une photo, une sculpture ou une performance ?), le support, le moment où paraît la critique (l’artiste a-t-il sombré dans l’oubli ? Fait-il l’objet d’une redécouverte?). Nous devons ajouter à ces paramètres : le contexte social, le contexte politique, le contexte géographique et le contexte politique.

En effet nous avons tendance à oublier que dans certains pays la critique n’est pas possible. Est-il possible de critiquer l’œuvre d’un artiste soutenu par un dictateur? Est-il possible de publier une critique positive sur une oeuvre défendant les libertés individuelles dans un pays où cette liberté est bafouée ou n’existe pas ? Est-il possible de publier des critiques, même négatives, au sujet d’oeuvres à références sexuelles dans un pays où de telles représentations sont de toute façon interdites ? Soulignons la grande chance que nous avons de vivre, créer et travailler dans une démocratie où nous pouvons, théoriquement, critiquer sans craindre les géoles de l’Etat ou une quelconque censure qui mettrait en cause notre intégrité physique. En gros nous pouvons critiquer il n’y aura pas mort d’homme.

Pourtant nous n’usons pas de cette liberté. Nous nous censurons d’une autre façon. Dans les années cinquante et soixante même dans les années soixante-dix et quatre-vingt, on a pourtant vu l’émergence de revues d’art contemporain dont les pages étaient remplies de critiques pertinentes qui laissaient augurer d’un développement objectif et participatif de la critique et de l’art. Hélas, de nos jours, et depuis une bonne dizaine d’années, la critique n’est devenue que l’ombre d’elle-même car tout le monde s’improvise critique.

La critique est devenue un outil de promotion quand elle n’est pas l’expression d’un simple copinage, de connivence avec les artistes, les galeries ou les institutions. La critique fait trop souvent de la communication et non plus de l’analyse, du questionnement et elle produit de moins en moins du débat. Et la responsabilité en incombe-t-elle uniquement à la profession de critique d’art, profession qui doit être redéfinie, revalorisée, restructurée et surtout assumée avec éthique ? Voeu pieu diront certains, pourtant il y a urgence. Le critique n’est pas là pour être aimé. Il est là pour trouver de l’art à critiquer c’est à dire pour exprimer son opinion éclairée. C’est un métier où la parole est donnée, un discours doit s’en suivre. On ne peut se défiler.

Qu’un galeriste produise un dossier de presse et encense son artiste est tout à fait normal. Qu’un artiste soit incapable de distance critique sur son travail rien d’inquiétant. Qu’une institution communique  le plus possible pour séduire le maximum de visiteurs elle joue son rôle. C’est au critique ensuite de remettre ou non en cause l’information, en allant la vérifier et la première étape consiste à aller voir les œuvres, à discuter avec les artistes puis  à se faire une idée basée sur des « références », des « outils » et un « point de vue ». Peu importe ses goûts. la difficulté c’est d’être objectif , sufisamment informé et d’avoir vu beaucoup d’oeuvres, rencontré beaucoup d’artistes et replacé tout cela en perspective pour rédiger un document analytique et synthétique. Métier austère, ingrat, peu en accord avec notre époque narcissique.

On oublie trop souvent que le point de vue, le positionnement sont essentiels pour l’élaboration d’une idée et par extension d’une critique. Ne pas choisir, ne pas prendre position n’est pas que de la neutralité, c’est aussi de la peur, de la lacheté et parfois de l’hypocrisie. En tout cas un manque d’engagement qu ne peut conduire qu’à la stérilité.L’art mérite mieux.

Se pose dès lors le problème du ressenti et de l’analyse (est-ce que le ressenti du critique doit apparaitre ou non ?), du parcours du critique et de l’organe pour lequel il travaille. Il y a certainement d’autres paramètres mais ceux là sont déjà essentiels et avant d’aller plus loin nous nous permettons les questions-évidences suivantes : pourquoi le point de vue du critique devrait -il rejoindre le point de vue de l’artiste ou de son galeriste ou de l’institution ? Rien ne l’y oblige. Un bon critique est un homme libre. Il ne faut pas avoir peur d’affirmer un point de vue même si celui-ci est faux et génère du débat. C’est de la confrontation que naissent les grandes idées et avancées. Naïveté du propos ? A l’ère de la désinformation et des théories du complot rapeller des évidences n’est pas perdu pour tout le monde : une information se vérifie, s’analyse et est expérimentée en place publique si elle s’y prête.

Quid du mécontentement des artistes ? Certains artistes sont mécontents, surtout quand ils débutent, d’une mauvaise critique oubliant que bonne ou mauvaise la critique fait parler de leurs œuvres. De toute façon une vraie critique d’art ne peut être neutre car l’art n’est jamais neutre. Critiquer c’est s’exposer tout comme produire une oeuvre, d’ailleurs c’est avec fierté que les artistes s’exposent. Pourquoi ne serait-ce pas avec fierté qu’on les critiquerait ?

Il faudrait rapeller aux artistes véxés qu’une critique de complaisance, au service uniquement de leur promotion correspondrait à renier leur créations, leur créativité, les reléguant au rang de simple amateur et transformant leur oeuvre d’art en produit et leur geste créatif en non-événement. Ce n’est pas grave en soi car toutes les œuvres d’art ne sont pas des événements et tous les artistes ne sont pas de grands artistes. Il faudrait encore discuter encore de ce qu’est un « grand » artiste et un « événement » artistique.

Ce que veulent beaucoup d’artistes c’est la reconnaissance de leur travail et en vivre. La reconnaissance d’une oeuvre et d’un artiste passe-t-elle encore par la critique ? Est-ce vraiment la critique qui fait vendre des œuvres ? De même est-ce qu’un article grand public a déjà permis la vente d’une œuvre ? Cela flatte l’égo, c’est tout.

De plus en plus d’articles sont publiés concernant n’importe quelle types d’expositions. Il y a beaucoup d’artistes, beaucoup d’expositions, beaucoup de publications. Tout ceci est de différents niveaux : excellents artistes, excellentes expositios, excellents articles et puis mauvais artistes, mauvaises expositions, mauvaises publications. Entre les deux tout un dégradé du moyen à peut mieux faire, toutes les nuances du cercle chromatique et plus encore.

Obtenir une publication est à la portée de tous mais cette promotion ne génère pas nécessairement des visites et plus important , des ventes. Le réseau, les collectionneurs, les acheteurs sont des acteurs utiles pour l’artiste plus qu’une parution « gentillette ». Au-delà de la fierté d’avoir une parution, l’artiste a besoin de vendre ses œuvres et que son travail soit documenté.

Cette documentation c’est l’historisation de son travail. Les ventes cela lui permet d’en vivre et c’est même la finalité à moins de pratiquer l’art en amateur ou d’être rentier. Nous disons donc que vendre est plus important que d’avoir une parution et nous disons qu’une bonne critique, fut-elle empreinte de négativité, servira toujours l’artiste et son propos davantage qu’un papier purement promotionnel. Reste la question d’être dans une institution ou une galerie ou pas. Etre en institution cela signifie-t-il qu’on n’est plus artiste contemporain puisqu’on est tellement reconnu par l’institution qu’on peut difficilement clamer être en rupture avec elle ? La question est aussi complexe que celle de l’oeuf et la poule et c’est un autre débat.

Il est bon de souligner que ce n’est pas un article bon ou mauvais qui inluencera la cote. Du moins, très peu d’articles et certainement pas ceux lus par le grand public. Un critique devrait toujours travailler pour des publications lues par le marché de l’art. Une critique d’art lue par Madame Michu flatte l’artiste et son CV mais il a d’autres fiefs à conquérir. Quand Jeff Koons a été accusé de copier des publicités et que bons nombres d’articles sont parus dans la presse grand public sur le sujet cela n’a nullement fait baisser sa cote. Cela lui a fait une publicité auprès du grand public. Il est bon de souligner qu’il est parfois facile ou difficile de critiquer un artiste qui a du succès quand on est juste un petit pigiste. Hurler avec les loups est parfois tendance et facile. Les journées n’ont que 24 heures. Quid de l’objectivité et de la critique constructive ?

Le critique s’il n’est pas bon peut aussi se faire instrumentaliser mais nous parlons ici surtout de personnes qui se disent critiques sans être de vrais critiques de profession. En fait ce métier est un sacerdoce qui oblige à une rigueur extrême  : impossible de se concentrer sur ses propres intérêts car sans distance critique, la critique est tuée dans l’oeuf et cela porte préjudice. A qui ? Au métier de critique en premier lieu. Au marché de l’art ? Vraiment ? Dans l’état actuel des choses, le critique a-t-il encore une importance de toute façon ? C’est bien dommage car comment y voir clair dans l’offre et la demande ? En fait certaines personnes ont de l’influence. Et ces personnes évoluent dans un petit cercle qui est et restera fermé au plus grand nombre. La démocratisation, le populaire en art contemporain c’est une illusion. L’art contemporain n’est pas populaire. Souvent nous avons accès à des critiques qui ne sont que des articles ou des comptes-rendus.

La profession de critique, une fois supprimés tout ceux qui n’en sont pas vraiment, se réduit donc comme peau de chagrin. Pourtant il y a trop de journalistes et les gens qui écrivent sur l’art sont légion. Tous des VRP et non plus des critiques ? On assiste également à l’émergence d’un acteur relativement nouveau puisque la profession existe depuis longtemps mais c’est sa nouvelle suprématie que nous voulons souligner : le commisssaire d’exposition.

Il se trouve que souvent ce dernier se pique de critique. Mais peut-on être juge et partie ? Peut-on critiquer de façon objective un projet qu’on a curaté et un artiste qu’on est censé soutenir, même si dans cette profession bon nombre de commisssaires ne recherchent qu’une actualité et sont parfois incapables de parler, de promouvoir correctement l’artiste (alors se livrer à une critique, autant aller brûler un cierge à Sainte Rita). A la décharge des commissaires, de nos jours tout le monde ou presque se revendique critique alors pourquoi pas eux ?

Beaucoup de gens adorent critiquer l’art contemporain par principe en soulignant ses failles, ses excès, ce qu’il a de pire. Appuyer là où ça fait mal en dissertant sans fin sur la vacuité, sur l’anarque de l’art contemporain, n’hésitant pas à opposer un « bon » art contemporain et un « mauvais » art contemporain mais il ne s’agit pas là d’un travail de critique. Ce sont tout au plus des puces qui démangent, des personnes qui confondent critique et polémique, les deux étant parfois liées, parfois pas du tout, notre époque manque de nuances et d’exceptions qui confirment les règles, si règles il y a.

Pour en revenir aux commissaires, nous remarquons également que des revues comme Art Press emploient des critiques qui sont aussi commissaires d’exposition car pour vivre les critiques sont parfois obligés de travailler sur des projets intéressants pour eux financièrement mais dangereux intellectuellement pour l’exercice de leur profession. Cette double casquette critique-commisssaire  a des impacts sur la profession de critique, sur les critiques produites, sur la lecture de ces critiques, sur les modèles critiques : à force de lire des critiques qui n’en sont pas vraiment, les esprits risquent d’être habitués, formatés et on oublie ce qu’est rééllement une critique d’art. C’est un état critique, vraiment.

Ce qui se passe actuellement contribue à rajouter du flou au flou et encore une fois nous affirmons que l’absence de critique objective, si une critique objective est encore possible de nos jours, porte préjudice à l’art contemporain. En même temps, vu l’explosion des expositions, est-il encore possible de faire correctement ce métier ? On ne peut tout voir, tout appréhender, on ne peut être capable de tout critiquer objectivement. Il faudrait bien sûr définir ce qu’est une critique « objective » : en tout cas ce n’est pas un publi-rédactionnel déguisé.

Que risque vraiment un critique d’art de nos jours ? Rien dans l’absolu. Il n’est pas correspondant de guerre. Alors qu’est-ce qu’ils attendent ? Certes le risque pourrait d’être black-listé par certaines galeries ou institutions. Ou alors lorsque l’artiste est en indépendant, il pourrait lever une cabbale contre le critique pour se défendre. Ouh là là ça fait peur ! Aucune de ces attitudes défensive n’est en soi condamnable, c’est humain et chacun défend son bout de gras. De plus rien ne prouve que ces risques se réaliseraient, si cela se trouve les galeristes, institutions et artistes adoreraient être davantage chahutés. La neutralité est stérile à moins de se positionner dans une démarche uniquement communicative mais dans ce cas on ne se dit pas critique, on se dit rédacteur, communiquant, attachée de presse…

Le critique Clément Greenberg

Autrefois le critique d’art était craint, respecté, recherché, aujourd’hui il est symptomatique que le commissaire d’exposition bénéficie de cette aura. Il arrive même que le commmissaire soit systèmatiquement mis en avant par l’artiste, certains commissaires fonctionnant même comme des prêtes-noms garantissant leur réseau, fournissant une publicité aux artistes alors qu’aucun critique n’est mis particulièrement en avant ces derniers temps. Nous n’avons pas reçu de communiqués de presse d’artistes nous informant que tel critique avait parlé de leur travail.

Par contre l’artiste met en avant toutes les publications qu’il a reçu autour de son exposition et de son travail et parfois les incorporent à son catalogue, souvent sans tri aucun, heureux de la quantité au lieu de regarder la qualité. Il devrait se rapeller que tout cela c’est de la publicité, de la communication et pas toujours de la critique. Nous ne disons pas que dans le tas il n’y a pas des articles critiques de qualité mais la majorité des publications mises en avant par les artistes sont des publications qui ne questionnent pas toujours leur travail ou qui ne se livrent pas à une récession critique. Ce sont des articles d’information : tel événement a lieu à tel endroit à telle heure et pourquoi il faut venir. De plus si tout le monde peut avoir une parution dans un journal local plus ou moins facilement, tout le monde ne peut pas avoir un article critique de qualité car les critiques ne sont pas forcément intéressés par l’exposition de l’artiste ou alors ils n’ont pas le temps.

Sur les cartons d’invitations, dans les communiqués de presse ont lit souvent le nom du commissaire mais jamais critiqué par…Si nous étions  artiste nous préférerions pourtant citer une bonne critique même négative plutôt que de nous  réfugier derrière la crédibilité d’un commissaire car celui qui doit avoir de la crédibilité c’est uniquement l’artiste, le commissaire étant à son service. La crédibilité se base aussi bien sur les œuvres, sur le parcours que sur la réception critique des œuvres. C’est pourquoi il est urgent de réhabiilter la critique. Notre propos n’est pas de redéfinir la place du commissaire mais de pointer ce que l’absence du critique en tant qu’acteur au sein de l’écologie de l’art contemporain peut avoir de néfaste. Enfin il faut réévaluer la qualité mais aussi le lieu de parution : ce n’est pas pareil quand son exposition est critiquée dans Art Press et sur Galeriemoi (ce n’est pas le même niveau, nous appliquons la critique objective à nous-mêmes).

Passons sur les journeaux grand public dont les critiques sont normatives au vu de leurs enjeux commerciaux (annonces publicitaires) et qui ne permettent pas une vue objective. L’exemple le plus frappant pour nous fut dernièrement un article sur le meilleur et le pire de la Biennale de Venise avec des encadrés en bleu sur le « pire ». Finalement seuls étaient pointés des défauts mineurs (horaires, manque de place, localisation) et la « critique » n’en était pas une.

Dans notre réflexion une autre question a surgit : est-ce que la critique doit être le fait de chercheurs et relever d’une discipline universitaire ? Des autodidactes peuvent-ils être critiques d’art ? En gros faut-il être formé à la critique ? Il est indéniable que pour mener une critique pertinente il faut posséder un bagage de connaissances, de réflexions, de mise à distance mais répondre à cette question est épineux car dès lors que des normes et des codes seront érigées pour la profession de critique, le salut ne viendra-t-il pas justement de personnes aptes à briser ces codes et ces normes ? De plus on devient meilleur critique plus on produit de critiques, tout s’apprend alors pourquoi resteindre l’accès à cette profession à de seuls universitaires ? Les universitaires ne sont pas les seuls à pouvoir briser codes et normes. Certaines personnes passées sur les bancs de l’université n’ont pas les outils pour écrire une critique parce qu’on ne leur a pas appris tout simplement (et pourtant elles ont un esprit critique).

De nos jours alors que les moyens et la pluralité des sources  le permettent on assiste également à un muselage volontaire, à une auto-censure, à une absence de réflexion, de débat, de mise à distance, de questionnement. Le passé explique le futur pourtant nous les mettons rarement face à face, nous digérons tout très vite, dans l’instant, oublieux de comment le point A est arrivé au point B. D’ailleurs, est-ce qu’il y a une critique d’art ou « des » critiques d’art ? Des critiques pour le grand public et des critiques pour le marché de l’art ? Laquelle de ces critiques est la plus « juste » ? Et « juste » pour qui ? Pour l’artiste et pour le public mais aussi pour l’acheteur ? Quel est l’équilibre à trouver entre critique pure et communication ?

Peut-on encore critiquer l’art contemporain et comment ? Sous quel forme ? Nous n’avons pas la réponse car la réponse ne peut naitre que d’une prise de conscience et d’une réflexion collective. Peut-être faudrait-il renoncer à un idéal démocratique ? Et pour cela il faudrait souligner sans cesse la différence entre communication et critique. Il y a tellement de production d’oeuvres et de publications que cela ressemble à Sysiphe poussant son rocher. Il va falloir à un moment déméler les fils ou les couper. Non un article paru dans un blog qui est la réécritured’un communiqué de presse n’est pas une critique. Oui il existe des artistes qui n’ont jamais obtenu de publication critique. oui le risque si la critique est cantonnée à un petit cercle est de la voir céder à des traffics d’influence et en même temps si trop démocratisée elle risque de perdre de son impact en se transformant en communication.

Il y a urgence dans l’art contemporain mais aussi dans plein d’autres domaines de la société à réfléchir, à critiquer, à prendre de la distance et à remettre en cause ce que l’on nous dit que cela soit au sujet d’un événement ou d’une oeuvre. Une société sans critique est une société muselée. Il faut donc réhabiliter la critique pour tous c’est à dire que les critiques grand public doivent répondre à autant de rigueur et d’exigence que les critiques rédigées pour un public plus élitiste ou professionnel. Car il existe des critiques et non une seule critique. La critique est une discipline intellectuelle qui ne doit plus être confondue avec un état d’esprit, de la publicité, des publi-rédactionnels déguisés et se renouveller. Ce sont sans doute des évidences naïves pour certains. Mais rapeller des évidences c’est comme en pédagogie : il faut répéter encore et toujours jusqu’à ce que la connaissance soit intégrée. L’art étant l’un des derniers espaces de liberté, en chasser la critique, aussi bien en tant que discipline qu’en tant qu’expression d’un état d’esprit, en revient à le transformer en prison intellectuelle ordinaire.

 

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Nathalie Auteur