HAEJI LIM et KUN KANG « Confrontation » / Finissage samedi 22 juillet 2017

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Finissage ce samedi 22 juillet 2017 de l’excellente exposition « Confrontation » qui interroge la transformation de l’ensemble des rapports sociaux à l’ère des nouvelles technologies. Où commence et où fini l’espace privé ? Quels sont les impacts du progrès sur la vie des individus ? Attention les deux artistes coréens HAEJI LIM et KUN KANG nous font réfléchir et ça secoue.

« C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès [ Walter Benjamin ] »

Dans l’exposition Confrontation qui se déroule du 12 juillet jusqu’à ce samedi 22 juillet 2017 les deux artistes ne questionnent pas seulement les conséquences des évolutions relationnelles et sociales liées à l’invasion de la technologie dans nos vies, ils ont eux-même expérimenté cette interrogation, à double titre, puisque les œuvres présentées en « confrontation » sont celles de deux artistes coréens qui vivent en couple et sont donc quotidiennement confrontés aux problèmatiques qu’ils soulèvent : le rapport à l’autre, le rapport à l’espace social, la liberté individuelle. Attention à ne pas comprendre le terme « Confrontation » dans son acceptation négative : d’une confrontation résulte un débat et c’est bien à un débat que nous convie HAEJI LIM et KUN KANG.

HAEJI LIM

Chacun des deux artistes a sa manière de rendre compte : HAEJI LIM nous parle de l’humain mais choisi de ne pas le représenter. Par contre, elle met en avant toutes les contraintes de l’espace public et social : panneaux d’interdiction, barrières, murs, caméras. Le libre-arbitre est sous contrôle, une sensation d’oppression, d’enfermement mais aussi de dénonciation de cet état de fait émerge lorsqu’on découvre ses œuvres. HAEJI LIM nous rappelle fort à propos que c’est le monde matériel qui prend le pas sur l’humanisme et le spirituel et son travail nous interpelle pour mieux nous faire réfléchir à cette dérive du monde moderne.

KUN KANG

KUN KANG de son côté adopte une posture courageuse et prend le problème à bras le corps, avec notamment cette série d’autoportraits. Dans notre monde moderne l’homme est soumis en permanence au regard de l’autre. L’explosion des technologies a multiplié les audiences et profondément transformé les comportements. L’être humain s’expose et est exposé, parfois à son insu et parfois cette exposition est douloureuse. La perception qu’il a de lui-même est influencé par cette multiplicité de regards et par cette nouvelle norme sociale qui n’en est pas moins oppressante, normative et inquisitrice.

Le « moi » est en lutte permanente pour se protéger et s’affirmer. L’autoportrait où l’artiste se représente cagoulé est particulièrement fort. Nous vous laissons la surprise de le découvrir lors de l’exposition KUN KANG nous rappelle au travers de ses œuvres que la solution pour exister dans ce nouvel ordre social est de prendre du recul, de prendre conscience de cet état de fait : le regard peut révéler mais aussi annihiler. Comment gérer cette situation ? Selon lui, de façon intime et individuelle en tentant de rejeter la pression exercée par le corps social. Cependant le débat est soulevé et les réponses ouvertes.

Rez-de-chaussée de l’exposition qui se tient sur 2 étages

Il ressort du travail de ces deux artistes qu’ils ont une profonde compassion pour l’être humain, qu’ils mènent une réflexion sur notre monde moderne car ils ne rejettent nullement le progrès, ils font ce que font les bons artistes en art contemporain : ils interrogent notre monde, posent des questions, explorent des pistes de réponses.

Dans une époque où la critique d’art se doit d’être aseptisée nous nous permettrons de souligner qu’il s’agit ici d’une des expositions les plus intelligentes et percutantes sur le sujet qui nous change de toutes ces expositions narcissiques infligées dernièrement.

Qu’est-ce qu’un homme face à la pression du monde moderne ? Leur réflexion vise à nous faire réfléchir sur comment prendre parti du progrès dans son sens positif sans en subir les dérives. Leur « Confrontation » change des travaux narcissiques et vains sur le corps dont nous avons été abreuvés ces derniers mois : il est question ici de corps certes mais corps physique, mental, émotionnel face au corps social, face à la technologie. Il est question de lutte pour la liberté. Cette réflexion est menée par deux artiste coréens qui ont visiblement des choses à nous dire, à partager, à nous faire réfléchir. Ces deux-là ne ronronnent pas dans leur zone de confort et c’est enthousiasmant.

L’expo se termine ce samedi soir, elle a débuté le 12 juillet donc si vous ne l’avez pas encore découverte, vous avez encore le temps jusqu’à samedi 22 juillet 2017 18h car en quatre mots pour conclure : cela vaut le coup.

On saluera au passage le travail de commissariat de Lisa Toubas qui a réussi à gérer cette tectonique des points de vue entre les artistes en proposant une exposition sobre et épurée. Ici pas d’accumulation d’œuvres, tout ce qui est exposé est au service du propos des artistes. Cette épure facilite la lecture de l’exposition et met en exergue les problématiques soulevées par celle-ci. A noter également, fait remarquable, que cette commissaire-là est terrible : elle est présente à l’exposition quasiment tous les jours que dure l’exposition, du début à la fin. Certains devraient s’en inspirer. Venez donc discuter avec elle samedi et surtout découvrir le travail de ces deux artistes connectés et connectants. Ce finissage n’est donc qu’un au-revoir, HAEJI LIM et KUN KANG ont des choses pertinentes à nous dire et nul doute que nous les retrouverons très vite.

 

« Confrontation » HAEJI LIM et KUN KANG

Commissariat Lisa Toubas

Du 12 au 22 juillet 2017 à la Galerie du CROUS de Paris

11 rue des Beaux-arts 75006 Paris

Finissage le samedi 22 juillet à 18h

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Nathalie Auteur