Aucun mythe pour ces contrées de l’esprit / Alex Verhaest

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« J’aurais aimé que tu m’aimes
Jadis,  j’ai  aspiré à ton amour ardemment
Peut-être voulais-je seulement être toi »

Ces trois vers sont issus d’un texte magnifique qui se déploie sur le mur du deuxième étage du Centre des Arts d’Enghien-les-Bains,  dans le cadre de l’exposition d’Alex Verhaest  « Aucun Mythe pour ces contrées de l’esprit ».
Commencer par présenter la deuxième partie d’une exposition n’est peut-être pas conventionnel mais l’intensité du texte est telle que c’était trop tentant. Lisez-le jusqu’au bout, il fait référence à Kafka et aux métamorphoses de soi-même et de l’amour de façon vertigineuse.  Inscrit en grandes lettres blanches sur fond noir, il est décliné ensuite en anglais puisqu’il sert de légende à des illustrations numériques mystérieuses qui ont pour thèmes principaux la métamorphose et l’impossibilité de communiquer.  Parler du texte en premier est également  un moyen d’insister sur l’importance de la narration ressentie lors de la visite.

Impression 3D par Alex Verhaest

La salle où se trouve ce texte est ponctuée d’étranges têtes d’hommes et de femmes toutes blanches, réalisées en imprimante 3D et qui se détachent vivement sur fond noir.  Deux œuvres interactives particulièrement réussies (dont l’une présentant un dialogue entre un homme et une femme) plutôt intemporelles, complètent la scénographie.

On se sent plongé dans des sortes de limbes, on ressent la folie, le vertige. Cette partie s’intitule d’ailleurs A la folie.  Mention spéciale au téléphone présentant un échange de sms amoureux avec lequel on peut interagir : au 21e siècle, l’instrument de torture étant un sms, I love you to insanity est particulièrement bien trouvé.

Mais redevenons structurés : l’exposition débute par une première partie, intitulée Idle Time (Temps mort en français, voir la vidéo). Une galerie de portraits fait face à des Vanités revisitées. Bien que présentant des personnages de notre époque, le traitement fait immédiatement songer à la peinture flamande, les inspirations de l’Ecole du Nord étant transcendées par le numérique. Les portraits ne sont pas des peintures à l’huile mais des peintures numériques en mouvement. Le résultat est à la fois déconcertant et mystérieux.

Temps Mort – props from Alex Verhaest on Vimeo.

Temps mort / Alex Verhaest

Une ambiance particulière se dégage de cette exposition. La première partie,  en apparence plus calme que la seconde, nous a semblé plus acide. Une angoisse latente, une inquiétude sourde, émane de toutes ces natures mortes qui appartiennent au genre des Vanités, colonisées par des insectes, en pleine entropie. Une ambiance à la Festen pointe notamment derrière l’installation interactive, sorte d’étrange Cène où une famille est réunie autour d’une table où traînent des restes de nourriture symbolique. L’ambiance semble lourde, démultipliée par une sorte de déclinaison des personnages. Bien qu’interactive, on ressent que l’installation exprime la difficulté voire l’impossibilité de communiquer, thèmes  qui trouveront un plus grand écho encore dans la deuxième salle. Intéressant : si vous composez plusieurs fois le numéro mis à votre disposition pour interagir avec l’installation Temps mort, d’autres personnages réagissent et l’histoire se poursuit, traine en longueur, comme si le temps avait suspendu son vol. On ressent alors les secrets, les non-dits. Il se créé cependant une mise à distance grâce à la narration. De toute façon, bien qu’ils soient regroupés autour d’une table, ces personnages ne sont clairement pas prêts de « passer à table » au sens propre et figuré.

Autre thématique importante : le Temps. Le temps qui passe, thème forcément lié aux Vanités. Face aux Vanités numériques d’Alex Verhaest le temps s’étire tellement qu’il en devient presque palpable. On ressent à la fois une forme d’apaisement et une urgence face à cette sensation de temps qui s’étire en même temps qu’il nous échappe.

A noter que le jeudi 2 mars une Confexpo animé par Dominique Moulon, aura lieu à 18h. Le programme : visite de l’exposition à 18h puis à 18h30 : une conférence qui partira de l’expo actuelle vers l’actualité artistique, de l’histoire de l’art vers les arts numériques. C’est totalement gratuit mais pensez à réserver ici.

Vous l’aurez compris : Enghien-les Bains n’est qu’à 10 minutes de Paris, alors aucune excuse pour ne pas aller voir cette très belle exposition mixant des références allant des Vanités, au 16e siècle,  en passant par la rencontre de la peinture et du numérique, de la sculpture et de la 3D, mêlant univers onirique et celui du jeu vidéo. Un cross over réussi.
Surtout, si vous aimez l’art numérique et être surpris, n’hésitez pas.

Exposition jusqu’au dimanche 2 avril 2017 au CDA d’Enghien-les-Bains.

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