Deborah De Robertis s’invite aux 30 ans du musée d’Orsay

Share Button




Pour ses 30 ans le musée d’Orsay a voulu se la jouer open-minded et nous a pondu une communication se voulant décalée mais avant tout totalement hypocrite et qui fera couler beaucoup d’encre. Que l’on se rassure l’institution n’a pas été subversive, bien au contraire elle a simplement démontré qu’elle était vraiment figée en plein Second Empire.  Cet anniversaire nous a également prouvé que le musée d’Orsay était le champion de la récupération. Napoléon III, qui était aussi l’empereur de la censure, aurait adoré.

Visuel du musée d'Orsay, copyright : musée d'Orsay
Visuel du musée d’Orsay, copyright : musée d’Orsay

Reprenons du début : le musée d’Orsay, fier d’être trentenaire, avait choisi pour communiquer sur son anniversaire, ce slogan : « Pour les 30 ans d’Orsay, aucune tenue n’est exigée (ou presque) ». S’en était suivie une communication visuelle tout azimut, y compris dans les rames du métro, reprenant le tableau Le déjeuner sur l’herbe, célèbre toile de Manet où une femme nue pose au côté de messieurs habillés.

Voici le visuel en question.

D’emblée, on soulignera le coté racoleur, sous couvert d’humour, de cette communication qui reprend une astuce bien connue des publicitaires : l’objectivation de la femme.

Pour ceux qui se demandent en quoi cela consiste, nous vous invitons à visionner la vidéo ci-dessous.


Il est affligeant que le service communication d’Orsay ait usé du même subterfuge que des vendeurs de jeux vidéo, de voitures, de sacs à main, de plats cuisinés.

Parlons franchement : est-ce à ce point la crise pour que le musée utilise ses tableaux à la façon d’un proxénète présentant ses meilleures gagneuses ? Sommes-nous à la foire du Trône ou dans un musée ? Concernant le respect dû aux femmes, les mentalités ont-elles évoluées depuis le Second Empire ? Il est vrai que Napoléon III était si fier de ses cocottes…Pour le visuel des 30 ans d’Orsay, concernant le respect dû à la femme, pour la mise en valeur de l’art, on repassera…surtout ce qui dérange dans cette communication c’est la récupération.

Car un parallèle évident peut être fait entre cette communication et le travail de l’artiste Deborah De Robertis. Pour rappel, le musée d’Orsay a déposé plainte contre Deborah De Robertis pour exhibition sexuelle suite à sa performance du 29 mai 2014 devant le tableau l’Origine du monde de Courbet. On peut clairement dire que toute cette communication pour les 30 ans d’Orsay repose sur une récupération de son travail.

Non seulement le musée s’inspire des plus basses techniques de marketing mais en plus il viole le droit moral d’un artiste…on serait en droit d’attendre mieux d’un musée qui dépend du Ministère de la Culture.
Découvrant comme tout un chacun la nouvelle campagne de communication du musée, l’artiste a donc décidé de porter plainte à son tour contre l’institution, en savoir plus ici.

Déborah de robertis au musée d'Orsay, copyright : Andrei Mkrttchian
©Deborah De Robertis / photo Andrei Mkrttchian. Robe : création de Miguel Soares-Gonçalves et Abigail Tiecoura

Contrairement au musée qui a sur ce coup fait preuve d’un manque total de créativité, Deborah De Robertis avait, elle, décidé d’innover et de changer le mode opératoire de sa performance. Pour une fois elle serait habillée, vêtue d’une toge bleue découvrant seulement une épaule, imprimée dans le dos du slogan d’Orsay pour ses 30 ans.

Sa performance prenait au mot l’invitation implicite du musée, totalement incitative : « aucune tenue n’est exigée (ou presque) ». L’artiste a tenu néanmoins à respecter les codes en vigueur au 19e siècle et a ne montrer qu’une épaule.

Sans surprise, la sécurité du musée mettra fin à la performance au bout de 35 minutes, la police arrivera avec des couvertures et l’artiste sera débarquée de cette galère pour se justifier d’accusations selon lesquelles elle se serait sciemment dévêtue en public.

Un prétexte pour l’institution qui espère ainsi échapper à la honte de l’arroseur arrosé : il est vrai que le musée ne pouvait pas anticiper ce concept, le film des Frères Lumières datant de 1896. Trop moderne pour une institution figée en 1870.

Le teaser de cette performance :

30 ans d’Orsay, je porte plainte from Deborah De Robertis on Vimeo.

Share Button