Camille Moravia – Le jour où j’ai eu / Galerie de la Voûte

Share Button

Attention, voyage enthousiasmant dans la vie de Camille Moravia jusqu’au 25 septembre à la galerie de la Voûte ! « Le jour où j’ai eu » est sa seconde exposition personnelle, (commissaire d’exposition Laurent Quénéhen), allez on embarque…




flyer
©Vincent Rouby

Non mais sérieusement, vous croyez qu’on va vous inviter comme ça, à venir les mains dans les mains dans les poches, regarder ces photographies en noir et blanc qui documentent des moments vécus, généralement assez forts, de l’existence de Camille Moravia ?

Autant de photos qui vous parlent de sa vie d’artiste et de femme. Par facilité, on peut se retrancher derrière des références. Sophie Calle,  Nan Goldin, Jean-Luc Godard…C’est facile. Trop.
En littérature il y a l’autofiction.  Quel est l’équivalent en photo ?

Cette exposition est l’histoire de la vie de femme qu’elle a créée.
Cette exposition envoie un message puissant de femme libre. Il faut aller voir les photos pour se rendre compte.
Et c’est bien mieux si on a quelques clés sur Camille Moravia.
Voici donc quelques informations…




La photographie : Camille est tombée dedans quand elle était petite.
Son père faisait de la photo. Elle a appris  avec lui à faire des tirages en noir et blanc. 40 ans plus tard, c’est toujours dans le noir et blanc qu’elle est le plus à l’aise.
Etudiante jusqu’à la maitrise de Lettres Modernes. Engagée politiquement, elle rêvait de dynamiter le monde. Joyeusement.  Question d’époque.

Plus tard, toujours jeune, Camille devient modèle photo. Plutôt jolie, elle aurait pu trouver une satisfaction narcissique à cette occupation mais artiste dans l’âme elle finira par reconquérir son image, par réussir enfin à s’approprier comme vous pourrez le constater lors de cette exposition.

©Camille Moravia
Argentique retardateur ©Camille Moravia

Que dire encore ?
Née sous le signe de la Vierge. Vierge folle et vierge sage. Elle débute par la sagesse, fait ce qu’il faut « socialement » : un mari, un enfant, un travail dans l’administration. Enfin, pas n’importe quel travail : elle est chargée d’éducation à l’image pour la Ville de Paris.

Lorsqu’elle a 35 ans, elle s’est enfin rassurée face à la projection sociale. Elle peut donc travailler sur la projection de sa propre image. La recherche de ce qu’elle est, la recherche d’une image juste comme dirait Godard.

Elle travaille au retardateur. Avec des modèles. N’hésite pas à être son modèle. Fait des mises en scène.

©Camille Moravia
Argentique retardateur ©Camille Moravia

Glisse des références culturelles dans son travail, qui ne sont pas gratuites : Adam et Eve quand les deux protagonistes sont des femmes ça change la donne on va dire. Elle est une femme mais ne veut pas être une muse. Elle n’a pas peur des mots non plus : « je suis artiste, donc je suce ». Subversive Camille ? Avec un si doux prénom ?

Côté communication, elle a tout compris aux réseaux sociaux même si elle est née avant Internet. Elle a compris que sur Facebook une image est bien plus efficace qu’un texte et nous lui serons gré de nous excuser un aussi long article 😉

©Camille Moravia
Argentique retardateur ©Camille Moravia

Pour elle, Facebook est un outil participatif qui peut permettre une éducation à l’image et un outil bienveillant. A contre courant des esprits chagrins. Mais c’est normal : c’est une activiste du web comme dit Bernard Marcadé. Et en bonne activiste elle est régulièrement censurée. La classe.

Mais encore faut-il expliquer son propos  : au début, pour elle, Facebook c’était la possibilité de se conformer au fantasme masculin et de se livrer à un petit exercice de manipulation physique.
Jolie, avec une image sexuelle, cet outil lui a permis d’exister dans un premier temps.

Petit à petit il lui a permis également de partager, de transmettre des références culturelles, d’associer le texte et l’image. De mettre l’image en avant surtout. Il est très facile de prospecter avec Facebook. Un de ses premiers projets consistait à proposer un échange : un café contre la prise photo de parties basses (nombril/pied, possibilité de garder ses chaussettes, du sexe à l’aine).

Puis on retrouve Camille en exposition à Rome, en chaussures et sans culotte. Intime, exhibition…les thèmes se précisent. Dans « Ebauche de mon désir » elle élabore carrément un protocole, la rencontre du virtuel, de l’intellectuel et du réel : Camille avait rencontré un homme qui la désirait. Elle non. Elle tente le coup avec ce projet. Cela ne marche pas. Ils restent amis.

Et que dire des petits mouchoirs ? Un jour elle poste sur le réseau : « Pour des raisons artistiques j’ai besoin d’avoir la liste des gens qui  désireraient faire l’amour avec moi ». 69 adresses postales seront sélectionnées. A chacun un petit mouchoir envoyé. Au final elle ne récoltera pas 69 mouchoirs tachés de sécrétions ou de sperme : les gens se sont cachés derrière des poèmes, des petites fleurs, divers ornements. Elle a osé, eux pas d’une certaine façon.

En 2012, elle rencontre Bernard Marcadé qui devient un ami. Leur film est sélectionné pour le prix AICA France de la critique d’art aux Beaux-Arts de Paris.

Camille apparaît également dans un film de Déborah de Robertis.

Voilà c’est une artiste. Et elle a désormais 40 ans. Un cap pour de nombreuses femmes.
Et elle ?

©Camille Moravia
Argentique retardateur ©Camille Moravia

Elle le passe en refaisant les références, en nous envoyant une « rétrospective » intime, sincère et spontanée. Adam et Eve, l’échiquier de Duchamp…mais aussi des photos d’elle. Amoureuse. Désirante. Désirée.

Toute une vie de femme sous nos yeux.

Tout est vrai.

Forcément.

Venez donc rencontrer Camille Moravia à la Galerie de la Voûte Jeudi 22 septembre et Samedi 24 septembre de 15h30 à 19h.

Exposition Camille Moravia « Le jour où j’ai eu » jusqu’au 15 septembre à la galerie de la Voûte 42 rue de la Voûte 75012 Paris Tel : 06 09 94 49 60 ouvert du lundi au mardi et du jeudi au samedi de 14h à 19h.

 

Share Button