Alors, t’aimes bien ça l’art contemporain ?

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Alors, t’aimes bien ça l’art contemporain ? Tu es fier de toi quand tu parles de ta dernière visite au palais de Tokyo ?
Tu sais citer combien d’artistes, dis-moi ?
C’est vrai, tout ça ? Bien !

T’aimerais ça, faire partie de cette élite qui comprend tout, qui connaît toutes les galeries même si en vérité, tout ça t’emmerdes un peu.
D’ailleurs, quand t’en parles, même si tu ne le dis jamais directement, ça te plait de nous faire croire que t’en fais partie de cette fameuse élite.

Mais c’est bien, tu sais que tu détiens la vérité. Tu fais partie du petit milieu des initiés à l’Avant Garde (l’unique et la grande) tu vis déjà dans le futur hein. Pas vrai ? Ou au moins, t’es dans ton époque. Tu te sens frais comme un glaçon dans tes fesses.

C’est vrai, l’art contemporain, c’est super important pour la société, la culture, tout ça quoi. Ouais Ouais. Mais dis-moi mon pote, pourquoi tu mens ? Pourquoi tu te mens à toi-même ? C’est pas que tu ne te respectes pas.

Tu te dis des fois que c’est du vent tout ça ? T’as compris que l’art que tu connais, c’était moitié industrie du luxe (pour certains) moitié divertissement. Parfois aussi utile que le cerveau d’Hanouna. Tu as vu que les galeristes se chiaient dessus un peu ? T’as vu que les mecs que tu applaudis quand ils font des dessins sur des murs, ils étaient plus coussins péteurs que Che Guevara ?

Qu’il suffit de dire « la finance, ils sont méchants » et « je suis Charlie » pour qu’on t’acclame et « je suis pas Charlie » pour qu’on t’acclame plus fort mais en plus petit nombre. Mais dans la bien-pensance, tout le monde se croit unique, pas vrai ? T’as compris que tout ça, c’était moins révolté que Pollux et plus résigné que Calimero ?

Mais bon, peu importe que leurs propos soient sérieux ou intéressants, ça fait tellement du bien de se sentir alternatif. Et puis c’est vrai que c’est trop dur de le faire sérieusement, alors autant faire semblant.

Notamment en allant checker l’actualité artistique sur Facebook. Ça légitimise ta flemme de taffer donc c’est cool. Tu passes d’articles en articles, soit disant culturels même si en général, ça passe de l’insolite au vidéo-gag de toute façon. Il n’y a pas de journal de l’art, que des clones du Pariscope. Il n’y a pas de journalistes, que des attachés de presse. Pas de critiques d’art, c’est pas toléré, que de la pub.

Après, mon pote, tu fais ce que tu veux, mais moi, je ne veux plus qu’on me serve du pipi démagogique quand je commande du champagne et je veux du champagne tous les jours.

François-Xavier Briollais, galeriste.

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